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Éthiques et Sociétés : Rubrique Droits de l'Homme

L’espoir démocratique de la jeunesse algérienne

Samya Ramdane

Malgré un activisme associatif algérien en plein essor, la situation sociale et politique reste préoccupante : des dirigeants réfractaires aux sollicitations populaires, des forces de l'ordre rigides et un peuple miné par la nécessité de vivre convenablement. Depuis l'accès à la présidence d'Abdelaziz Bouteflika en 1999, bien qu'il y ait eu une baisse de la présence islamiste, le pays demeure source de tensions internes et de critiques sur sa politique intérieure. Droits de l'homme et respect démocratique en ligne de mire, l'association RAJ milite dans ce sens depuis 15 ans.

L’Algérie semble bien se porter. Elle profite d’une flambée des prix du pétrole dont le baril ne passe plus au dessous des 50 dollars américains depuis plusieurs années. Forte de ses hydrocarbures, elle se place en bonne posture sur un marché qui prépare ses lendemains énergétiques. Politiquement, le Président Abdelaziz Bouteflika (FLN – Front de Libération Nationale) affiche depuis sa première élection en 1999 la volonté d’être une pièce maîtresse sur l’échiquier politique international. Il affine ses relations avec l’OMC (Organisation mondiale du commerce), l’Union Européenne ou encore ses voisins africains. En parallèle, l’État algérien semble tout mettre en œuvre pour faire oublier les épisodes sanglants liés aux attentats terroristes des années 90 : une maîtrise volontariste dont le but est un retour définitif au calme et à la paix. D’un point de vue extérieur, l’Algérie est donc sur une pente ascendante et se relève avec brio de ses malheurs passés. Néanmoins, en mai dernier les médias occidentaux soulignaient une faible participation aux élections législatives et un désengagement des Algériens envers leurs représentants politiques. Cela s’expliquerait par une situation sociale en crise, en particulier dû à un taux de chômage très élevé, notamment chez les jeunes (environ 65% de la population a moins de 30 ans et selon les chiffres officiels publiés par l'ONS – l'Office National des Statistiques - le taux de chômage des jeunes en janvier 2007 serait de 31%).

Depuis les années noires du terrorisme, les Algériens sont sur la brèche. Parfois méfiants, ils gardent un œil sur les actions gouvernementales, restent aguerris, critiques et réclament une stabilité intérieure. Pourtant, une bonne part de la nouvelle génération des moins de 30 ans ayant elle aussi fait face aux ravages islamistes s’avère, elle, plus individualiste, à la recherche de ce bonheur paillette diffusé à outrance à la télévision. Rêves en technicolor qu’on ne leur offre pas toujours. Sur place, l’association RAJ (Rassemblement – Actions – Jeunesse) s’est justement formée sur ce constat que la population algérienne, jeunesse en tête, est depuis les années 90 brinquebalée entre douleurs, violences, promesses, attentes et frustrations.

Des jeunes au milieu des décombres

A la suite des élections législatives de 1992, qui placent au 1er tour le FIS (Front Islamique du Salut) au pouvoir, quelques jeunes en France et en Algérie s’inquiètent du manque d’informations sur les théories démocratiques auprès des jeunes, notamment dans les quartiers populaires. Il semble alors nécessaire et urgent à leurs yeux de créer une organisation portée par des jeunes, pour des jeunes, qui soit nationale, et indépendante de toute tutelle politique. Afin d’obtenir l’agrément du Ministère de l’Intérieur, elle n’annonce officiellement qu’un pan de ses activités : culturelles et sociales. Mais d’autres valeurs fondent leur identité. RAJ et ses 22 premiers « enRAJé(e)s » forment alors un des premiers mouvements associatifs militant pour le respect des droits humains, de la démocratie et de la justice. Les bénévoles et militants viennent des quartiers populaires, des lycées, des universités… Soutenus par des fondations étrangères, leurs chantiers d’action et de réflexion s’étendent au fil des années avec pour leitmotiv une Algérie libre en actes et en pensées. Pour annoncer son arrivée, l’organisation monte, le 3 mai 1993, une journée consacrée à la liberté d’expression et de la presse. Dans le même esprit, RAJ démocratise dès 1995 les universités d’été et aborde des questions souvent laissées en suspend tels la liberté, les droits de l’homme, le pluralisme, l’indépendance, l’histoire… Des dirigeants politiques nationaux et internationaux sont invités. Les journalistes couvrent ces nouvelles tribunes d’expression.

Des conférences et des réunions publiques dans les quartiers et les établissements scolaires du pays permettent de sensibiliser les gens aux problématiques des droits humains. Le réseau de bénévoles s’étoffe, devient plus dense et plus actif sur le territoire. Des lycéens vont encore plus loin. Ils revendiquent et obtiennent l’affichage obligatoire de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme dans tous les commissariats. En parallèle, concerts, expositions et rencontres s’organisent avec succès. L’association se fait peu à peu remarquer par les autorités à la suite de la mise en place d’événements symboliquement forts telles la Journée Nationale des Droits de l’Humain ou encore la Journée de la Femme. Au-delà des institutions qui bloquent parfois l’accès aux salles de réunion, les membres de l’association sont soumis à des interpellations policières et interrogatoires récurrents lors de rassemblements organisés dans la rue.

Sur le socle des mouvements d’Octobre 88

Peu après leur sa création, RAJ instaure une journée de commémoration annuelle pour ne pas oublier l’élan démocratique d’Octobre 1988. Véritable référence dans l’esprit des enRAJé(e)s, ces mouvements passés constituent une des clés de voûte de leurs actions. Cette célébration fait régulièrement l’objet d’interdictions et de répressions par les forces de l’ordre. La nuit du 4 Octobre 1988, des émeutes ont éclaté dans les rues d’Alger. Elles se sont étendues progressivement sur tout le territoire et avaient pour revendication un changement du système politique. À défaut de la démission du Président de l’époque Chadli Bendjedid, un véritable bouleversement de la Constitution a eu lieu: autorisation du multipartisme, création d’une presse privée, habilitation des mouvements associatifs… Victoire payée au prix du sang : la violence des affrontements marqua ces journées d’Octobre. Plusieurs centaines de personnes ont été tuées par l’armée, d’autres blessées, torturées… Alors que ces mouvements ont marqué une rupture avec la politique du pays, aujourd’hui encore nous sommes face à un délitement des relations entre l’État et le peuple.

Hakim Addad, secrétaire général de RAJ nous explique que depuis la situation n’a pas beaucoup évolué : « L’état d’urgence mis en place en février 1992 et qui devrait être voté tous les six mois est encore en cours aujourd’hui. C’est une pratique anticonstitutionnelle empêchant les actions associatives en interdisant l’accès aux salles de réunion et en bloquant la formation de nouveaux partis politiques d’opposition par une lenteur d’attribution d’autorisations. De plus, en dehors du syndicat officiel affilié au régime, tous les autres syndicats dits autonomes n’ont pas reçu l’agrément du pouvoir et ne sont donc pas considérés comme interlocuteurs dans les dialogues sociaux. Ce n’est pas tout : depuis 2001, il est aussi interdit de monter des manifestations de rue. »

Un triste constat de la situation « démocratique » algérienne qui malgré toutes ces actions de sensibilisation ne touche pas totalement la population. Se battre au jour le jour pour nourrir sa famille, se soigner, se loger et surtout travailler représentent les premières préoccupations. L'alignement sur les grandes valeurs internationales et historiques du respect des droits humains et de la justice passera donc par la jeunesse, force vive de la nation, qui doit définitivement prendre conscience que le pays n'évoluera pas sans eux.

     
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