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Travailler dans l’Est du Tchad

Olivia Marsaud

Le long de la frontière soudano-tchadienne, la situation est explosive. Aux 235 000 réfugiés soudanais fuyant les violences du Darfour, répartis dans 12 camps le long de la frontière, sont venus s’ajouter depuis plus d’un an 150 000 déplacés internes tchadiens. La zone est le théâtre d'affrontements entre l'armée régulière tchadienne et les rebelles tchadiens (dont certains sont soutenus et armés par le Soudan) et la région est aussi quadrillée par les rebelles soudanais – en partie soutenus par le gouvernement tchadien… Malgré cette insécurité constante, une douzaine d’ONG continuent de travailler sur place. « On n’a jamais abandonné le terrain même aux moments les plus critiques », rappelle un membre de l’ONG italienne Intersos à Goz Beïda. « Hors de question pour nous de laisser seuls les réfugiés et les déplacés. On vit au jour le jour avec une bonne liaison entre nous mais on n’a aucun moyen de se sentir en sécurité. Les ONG sont livrées à elle-mêmes. Pour le moment, nous n’avons pas à déplorer d’accidents graves mais il nous arrive de bloquer des interventions par prévention ». L’objectif : ne pas prendre de risques inutiles. Les équipes ont été réduites et quittent impérativement les sites entre 16 et 18 heures, avant la nuit, et les familles des personnels ont été évacuées du Tchad.

La gestion des déplacés est l'un des grands défis de l'année 2007 pour les agences onusiennes et les ONG. A Goz Beïda, la soudaine augmentation de densité de population dans une zone pauvre en ressources naturelles attise les tensions entre communautés. Pour éviter les problèmes, les humanitaires ont rapidement installé des pompes manuelles à destination des déplacés mais aussi des communautés hôtes. Des postes de santé et des écoles (voir encadré) ont été mis en place et les distributions de nourriture sont régulières. La prochaine étape est de créer des activités génératrices de revenus pour éviter une trop grande dépendance des déplacés à l'aide humanitaire. « Des moyens, encore insuffisants, sont arrivés au printemps. Mais nos effectifs sont inchangés. Cela fait une année que la crise des déplacés internes a commencé. La réponse de la communauté internationale est tardive, les tueries continuent, et on a l’impression que ça ne va pas s’arrêter. Même si on a un peu plus de moyens pour améliorer notre travail humanitaire, le flux des déplacés se poursuit », s’inquiète l'ONG Jesuit refugee service (JRS).

Comment gérer le quotidien ? « Sur le terrain, on se débrouille. Il y a une grande solidarité entre ONG », affirme-t-on à Intersos. « On sait bien que les problèmes ne peuvent pas être réglés en quelques jours mais on voudrait qu’une force militaire soit déployée. » Selon différents observateurs, une force de maintien de la paix fortement armée est nécessaire dans l'est du Tchad pour protéger les ONG et organismes internationaux qui y travaillent. « Le plus gros problème, c'est la sécurité. Le gouvernement tchadien a reconnu qu'il n'avait pas la capacité d'assurer la sécurité de tous », explique Stephen Adkisson, le représentant de l'Unicef au Tchad. « Les négociations continuent pour un soutien international dans l'Est. Il faut agir vite, se décider rapidement. » Sur place, les ONG espèrent que son appel sera entendu.

    Dans le numéro de
    Mars-Mai 2012


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