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Solidarité : Jacques Claessens.
La coopération à hauteur d'homme 

Etienne Plamondon Emond 

Il ne faut surtout pas oublier le préfixe « co » dans la coopération internationale : tel est le message laissé par Jacques Claessens dans son livre posthume Qui a dit que nous avions besoin de vous? À l'instar du titre, l'ouvrage bouscule, questionne, confronte et interpelle. Avec la verve d'un conteur, l’ancien consultant en développement rural pousse les lecteurs à réfléchir sur les relations Nord-Sud et sur les personnes qui les tissent.  

Le cap des 80 ans passé, le consultant Jacques Claessens a persisté et signé. L'octogénaire est reparti dans le Sahel burkinabé, remonté à bord d'un 4x4 et s'est logé loin des hôtels luxueux de Ouagadougou. Son but : observer par lui-même l'aboutissement de projets financés par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), dont il avait fait l'évaluation des dizaines d'années plus tôt. Cette aventure a donné le livre Qui a dit que nous avions besoin de vous?, paru en septembre dernier aux Éditions Écosociété.  

Environ trois ans avant sa publication, le PNUD a contacté M. Claessens, réputé pour ses évaluations franches et sans complaisance, afin d'entreprendre une évaluation d'impact des projets de développement rural dans le Sahel. Enthousiaste, le consultant a suggéré de se pencher sur deux projets au Burkina Faso dont il avait souvenir. Mais les responsables du PNUD se sont par la suite défilés. Qu'à cela ne tienne, M. Claessens a décidé de retourner en Afrique de l'Ouest à ses frais. « C'était peut-être une bonne chose, parce Jacques y est vraiment allé en parfaite indépendance », explique Constance Fréchette, sa compagne, qui a mené à terme l'édition du manuscrit après la mort subite de l'auteur en 2012.  

Comme il n'avait plus l'obligation de rédiger un rapport pour le PNUD, ce vulgarisateur hors pair a écrit un récit accessible à un large public. « Il disait : "cela fait 30 ans que je vois les choses, que je les dis au PNUD et que ça ne change pas" », raconte Mme Fréchette. Selon elle, ce livre est donc « un peu une bouteille à la mer; c'est aussi un peu comme un testament ». Avant son décès, Jacques Claessens avait d’ailleurs trois bouquins en tête : il était retourné en Guinée et projetait de remettre les pieds au Mali dans une démarche similaire.  

Le début et la fin
Ce retour au Burkina Faso s'inscrivait parfaitement dans la vision que l’homme se faisait du développement international. « Selon Jacques,  il manquait deux choses dans les projets de coopération : le début et la fin », résume sa compagne. La première étape, celle qui permet de déterminer le bien-fondé d'un projet, était à ses yeux souvent bâclée pour mieux répondre aux contraintes du calendrier budgétaire des agences onusiennes. « La dernière étape, celle qui manque toujours, est d'aller chercher, 10 ans plus tard, les leçons de l'expérience, ajoute Mme Fréchette. Or, c'est avec cette étape que l'on apprend ce qu'il faut changer pour mieux investir la prochaine fois. » 

Dans Qui a dit que nous avions besoin de vous?, Jacques Claessens a donc raconté la genèse et la conclusion de deux projets : l'un mal orchestré dès le départ, l'autre élaboré de manière exemplaire. Le premier cas, un projet visant à améliorer la gestion de l'eau dans les pâturages de l'Oudalan, dans le nord du Burkina Faso, a été mal abordé dès la mission de pré-formulation. La réalité des nomades de la région était entre autres mal comprise, faute de consultation adéquate.  

Le deuxième cas, un projet de lutte contre la déforestation au sud du pays, se réalisait, au contraire, à travers une véritable coopération. Il mobilisait la population locale et s'élaborait dans une perspective de développement durable.  

Mais ces deux projets se sont enlisés, à l'image d'un 4x4 s'enfonçant dans le sable à la hauteur des essieux. Même celui admiré par M. Claessens s'est effondré après le départ du conseiller technique principal, désabusé à la suite d'une tentative de sabotage mené par le chef de la division foresterie de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Dans l'Oudalan, le PNUD a mis fin au projet après 7 ans en raison d'une « absence de bien-fondé ». Si une dune a été maîtrisée après un travail acharné des ONG nationales, la culture de contre-saison et celle de décrue ainsi que le désensablement des puits ont été abandonnés après le départ d'un coopérant nigérien. Les vieilles habitudes sont revenues. 

À son constat d'échec, l'auteur ajoute ses inquiétudes devant l'apparition, dans le nord burkinabé, du complexe minier d'Essakane, exploité par la compagnie canadienne IamGold  « sans connaître les conséquences à long terme ». 

Regard humain
Bien que fondé sur son expérience et sur des situations véridiques, ce récit de Jacques Claessens est légèrement romancé. « Il rappelait souvent : "tout ce que j'écris est vrai, réel, mais n'a pas nécessairement été vécu à ce moment-là, à cette date-là" », nuance Constance Fréchette. 

Plutôt qu'une analyse scientifique froide et une cueillette de donnée sans âme, l’auteur dévoile ce que les rapports, au fond, ne dévoilent pas : le facteur humain. Car la coopération internationale constitue d'abord et avant tout une aventure humaine. Et pour comprendre ses réussites et ses échecs, il faut s'attarder aux personnes impliquées et à leurs relations. Ce regard à hauteur d'homme transcende les apparences de rigueur qu'un projet peut revêtir sur papier et jette une lumière crue sur ce qui déraille sur le terrain ou dans les bureaux des institutions internationales.  

Des jeux de coulisses et de pouvoir dans des agences onusiennes rivales aux ambitions personnelles des coopérants, en passant par une laborieuse communication interculturelle et des idylles amoureuses détournant les efforts : Jacques Claessens décrit toutes ces anecdotes aux allures anodines, mais dont les répercussions se révèlent souvent majeures. 

     
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