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Points de vue

En tant que média sensibilisant aux réalités vécues par les populations africaines, Éthiques et Sociétés a décidé de laisser s’exprimer dans ces pages les différents acteurs sur le terrain qui désirent témoigner de leurs visions et qui contribuent à leur manière à faire de l’Afrique un continent d’histoires et d’espoir.

La gestion de l’action humanitaire en Afrique. Un défi permanent.

Par Christian Alain Djoko Kamgain, chercheur et expert en droit de l’homme et action humanitaire.

Dans une Afrique en constant bouleversement, le Soudan, la République Démocratique du Congo (RDC), le Tchad, la République centrafricaine, la Somalie et le Zimbabwe, sont des illustrations exemplaires de la déliquescence d’une économie, d'un État, d’une nation. Certains de ces pays sont aujourd’hui au bord de la faillite, ruinés par plusieurs années de conflits ouverts, d’instabilités politiques, de famine et de maladies. Ces différentes crises ont eu des conséquences dramatiques sur la population civile. Celles-ci causeront la mort[1], le déplacement, les mutilations, les viols[2], de plusieurs milliers de personnes dont une grande majorité d’enfants et de femmes. Ces situations sans cesse renouvelées, invitent à revisiter constamment les moyens envisagés jusque-là et les méthodes employées pour secourir les victimes. Même si aujourd’hui la communauté humanitaire est grande et plus diversifiée que jamais, son action doit être –régulièrement - questionnée dans l’optique d’une réponse efficiente aux mutations actuelles des crises humanitaires en Afrique. Même les intentions les plus nobles et les actions les plus louables peuvent en effet engendrer des effets pervers. L’action humanitaire a inévitablement des conséquences sur les conditions sociales, économiques et culturelles des régions en crise.

Agissant en présence des parties au conflit et des forces militaires les acteurs humanitaires sont confrontés aux intérêts des différents acteurs politiques (locaux, internationaux) et doivent traiter avec les bailleurs de fonds et les médias. Ainsi, les organisations humanitaires se retrouvent souvent face à des dilemmes politiques, économiques ou sociaux, qui les obligent à faire des choix cornéliens. Mal penser donc, la conduite des affaires humanitaires peut influencer négativement les marchés locaux, les habitudes sociales, bouleverser les structures hiérarchiques et déboucher sur un cuisant échec. Cette réflexion vise à fournir très modestement, des outils nécessaires à l'amélioration des modalités opérationnelles des acteurs humanitaires. Incidemment, elle permet également d’élucider un certain nombre de lignes directrices de nature à éclairer les gouvernants africains dans la prévention et le management des crises humanitaires. À ce titre donc, l'analyse des causes et conséquences des crises humanitaires (I) constitue un préalable permettant d'établir le cadre stratégique d’une gestion efficace et efficiente des crises en Afrique (II).

Radioscopie des situations humanitaires en Afrique

La compréhension des crises humanitaires en Afrique est une entreprise difficile et complexe qui relève souvent d’un faisceau convergent de plusieurs facteurs. On peut cependant -sans prétendre à l'exhaustivité - retenir pour l'essentiel, deux grandes catégories: les causes anthropiques et les causes naturelles.

Causes anthropiques

Les conflits et instabilités politiques

Les différents conflits qui ensanglantent le continent et l’exil de millions de personnes qui en résulte sont responsables de plus de la moitié des situations humanitaires répertoriées en Afrique à la date de février 2005[3]. Le taux très élevé de malnutrition chronique en RDC – 71% de la population en 2002 – résulte en grande partie, de la guerre civile prolongée qui traverse le pays depuis plusieurs années[4]. Un conflit ou une instabilité politique, perturbe inéluctablement l’activité économique, ralentit les investissements et engendre des détournements de ressources au profit d’autres objectifs notamment militaires. De nombreuses personnes sont obligées de se déplacer ou de se réfugier dans les centres urbains. Ils doivent fuir leurs pays ou se faire enrôler contre leur gré dans les milices. Elles sont pourchassées, blessées, tuées et parfois contraintes d’abandonner leurs exploitations agricoles. Comme le souligne l’Organisation humanitaire OXFAM, cette situation n’est pas sans préjudice sur la production alimentaire: «La peur et l’insécurité empêchent les gens de s’occuper correctement des fermes et du bétail. Les infrastructures rurales et les marchés sont souvent détruits et les champs cultivables deviennent inaccessibles à cause des mines. L’insécurité limite la mobilité et les pâturages, et la paupérisation due au conflit pousse les gens à entreprendre des activités risquées et illégales»[5].

En plus des conflits ouverts, l’Afrique est couramment le théâtre d’instabilités politiques plus ou moins majeures. Ces instabilités constituent des terreaux favorables à l’émergence des crises. L’actualité récente et la plus à même d’illustrer ce propos, est celle du Zimbabwe. On a là, un exemple flagrant de l’incident désastreux des troubles sociopolitiques sur l’équilibre sanitaire et alimentaire d’un pays. Jadis le grenier de toute une partie de l’Afrique australe, le Zimbabwe n’est plus que l’ombre de lui-même. Les ravages de l’épidémie de choléra de 2008, ont donné de constater l’état de délabrement de ce pays et surtout l’urgence humanitaire continue dans lequel il est plongé sans jamais savoir quand il en sortira.

Somme toute, les conflits et instabilités constatés çà et là drainent dans leur sillage de fâcheuses conséquences pour la sécurité humaine.

Le sous-développement
Cause structurelle des conflits, le sous-développement est manifestement la chose la mieux partagée en Afrique. À ce sujet, les chiffres sont inquiétants à défaut d’être alarmistes.

Phillippe Rekacewicz citant World Resources Institute (WRI), Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Banque mondiale, Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), dresse ce tableau ci-dessus et nous donne de comprendre que «sur les 50 pays les plus pauvres du monde, classés selon l’indicateur de développement humain (IDH) du PNUD [en 2000], 33 sont situés en Afrique subsaharienne.»[6]

Par ailleurs, selon un rapport récent du PNUD, il faut noter qu’une personne sur trois souffre de faim chronique en Afrique subsaharienne et près de la moitié de la population n’a pas accès à de l’eau potable. Toujours selon le même rapport, certains pays africains à l’horizon 2020, pourraient perdre plus d’un quart de leur population active à cause du SIDA[7].

Au même titre que les conflits, le sous-développement est générateur de crises humanitaires sévères. Il est même selon une expression de Dieudonné Onguéné«la racine du mal»[8]. De même qu’il compromet la capacité des États à faire face aux besoins fondamentaux de leurs populations, mêmement, il détériore la capacité des gens à subvenir à leurs besoins, à réagir efficacement aux contraintes financières ou logistiques que pourraient exiger la prévention ou la gestion d’une crise. Les États africains auraient en effet beaucoup plus de mal à faire face -de manière rapide, efficace et efficience - à la crise du SRAS, fièvre aphteuse ou Grippe H1N1. De même, faute d'infrastructures, les organisations humanitaires se trouvent constamment ralenties dans leurs actions et interventions.

Au regard de ce qui précède, il n’est donc pas incongru de penser que l’homme en général et l’Africain en particulier est en partie responsable de ce qui lui arrive.

Retrouver l’intégralité de ce point de vue de Christian Alain Djoko Kamgain en cliquant ici

Pour contacter l'auteur de ce point de vue.


 


[1] Depuis 1960 près de 8 millions de personnes (dont 5,5 millions de civils) sont mortes des directes ou indirectes des conflits en Afrique. Cf. http://penserpouragir.org/article117.html (Consulté le 2 avril 2010)

[2] Selon Margot Wallström (Envoyée spéciale de l’Organisation des Nations Unies pour les violences faites aux femmes et aux enfants dans les conflits), la RDC est la «capitale mondiale du viol». Officiellement, on dénombre depuis1996 environ 200.000 de violences sexuelles. Cf.http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20100428114305/onu-rd-congo-hcr-conseil-de-securitela-rdc-capitale-mondiale-du-viol.html (Consulté le 10 septembre 2010).

[3] Cf., FAO, État d’Insécurité alimentaire dans le Monde, 2005. Selon la FAO, la proportion des situations d’urgence pouvant être considérée comme des conséquences d’actes humains est en augmentation. Au niveau mondial, les conflits et les échecs économiques ont été cités comme les causes principales de plus de 35% des urgences alimentaires apparues entre 1992 et 2004, contre 15% entre 1986 et 1991. Dans de nombreux cas, les catastrophes naturelles sont aggravées par des désastres causés par les hommes, ce qui entraîne des situations d’urgence complexes et prolongées.

[4]Cf. UA, Status of Food Security and Prospects for Agricultural Development in Africa, 2005.

[5]OXFAM, Les Causes de la Faim: examen des crises alimentaires qui secouent l’Afrique, Document d’information, juillet 2006, pp.26-27.

[8] Dieudonné Onguéné, «Disfonctionnement du système public et effets sur le droit à la santé au Cameroun» in Cahier africain des droits de l’homme: Droits économiques et sociaux au Cameroun, Études et documents de l’APDHAC, Yaoundé, PUCAC nº 10, avril 2004, p. 39.

     
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