Environnement
Le «greenwashing» ou la fausse écoresponsabilité des entreprises
La cause environnementale est à la mode, et certaines grandes entreprises surfent sur cette vague verte pour se donner une image positive. Elles usent de procédés marketing – l’utilisation massive de la couleur verte, par exemple – qui leur donnent une image publique écologique et responsable, sans pour autant investir dans des actions bénéfiques pour l'environnement. Grâce à cette tactique publicitaire appelée «greenwashing»* - ou écoblanchiment - les entreprises tentent de préserver et même d’étendre leurs marchés en se présentant comme des amis de la cause.
Le 17 novembre dernier, la quatrième cérémonie de remise des prix Pinocchio du développement durable a eu lieu à Saint-Ouen, en région parisienne. Les lauréats de cette année sont Vinci, le premier groupe mondial de concessions et de construction, le géant agro-industriel Tereos et la banque Société Générale. Toutes trois sont adeptes du «greenwashing».
C’est que la cérémonie orchestrée conjointement par l’organisation non gouvernementale les Amis de la Terre-France et le Centre de recherche et d'information pour le développement (CRID) avait pour but de dénoncer les impacts négatifs de certaines entreprises françaises – en totale contradiction avec le concept de développement durable – qui utilisent couramment des arguments écologiques dans leurs communications publiques.
Au-delà de l’aspect ironique de la remise de prix Pinocchio, les organisateurs veulent «faire comprendre aux citoyens la réalité de certains projets et le décalage entre les discours des entreprises et les réels impacts sociaux et environnementaux», explique Romain Porcheron, des Amis de la Terre.
Le prix comporte trois catégories dont les lauréats ont été désignés à la suite des votes de près de 13 000 internautes.
Dans la catégorie Plus vert que vert consacrée à «l'entreprise ayant mené la campagne de communication la plus abusive et trompeuse au regard de ses activités réelles», le groupe Vinci a été choisi pour ses efforts de «verdissement» du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique. «Pour tenter de justifier ce projet rejeté depuis 40 ans par les riverains et pour compenser la destruction massive de terres agricoles, Vinci a proposé la création d'une AMAP [association pour le maintien d'une agriculture paysanne] permettant de distribuer des paniers bio aux salariés de l'aéroport, ainsi que d'un observatoire agricole pour permettre aux agriculteurs d'exposer leurs bonnes pratiques», détaille Romain Porcheron.
Dans la catégorie Une pour tous, tout pour moi, qui désigne la «politique la plus agressive en termes d'appropriation et de surexploitation des ressources naturelles», le groupe Tereos s’est vu décerné le premier prix. Spécialisé dans les agrocarburants, Tereos est épinglé par les Amis de la Terre qui considèrent que les pratiques de cette entreprise au Mozambique constituent «un accaparement de zones forestières et de terres agricoles qui servaient à nourrir les populations locales pour nourrir les voitures des Européens». Tereos détient en effet près de 100000 hectares de terres cultivables qu’elle transforme en monocultures énergétiques, confisquant ainsi des terres agricoles fertiles aux populations locales. Pendant que Tereos réalise environ 194 millions d’euros de profit, 70 % de la population du Mozambique continue de vivre sous le seuil de pauvreté.
Enfin, dans la catégorie Mains sales, poches pleines, la lauréate est la banque Société générale pour son lobbying en faveur de ses investissements dans le nucléaire au Brésil. La Société générale rafle ainsi le prix décerné à l’entreprise «ayant mené la politique la plus aboutie en terme d’opacité et de lobbying» pour son rôle dans le financement de la construction du réacteur nucléaire Angra 3 au Brésil, menée par le groupe industriel français Areva. Selon les ONG, les conditions de sécurité du chantier sont très éloignées des normes.
À travers les prix Pinocchio, les Amis de la Terre réclament entre autres la mise en place d'un cadre juridique contraignant - autant sur le plan international, qu’européen et français-, afin d'obliger les entreprises à assumer leurs responsabilités. À l’heure actuelle, aucun engagement social ou environnemental n’est juridiquement contraignant, que ce soit à l’échelon national ou international. C'est dire que le «geenwashing» des entreprises leur permet de bénéficier des retombées positives de leur image auprès de leurs actionnaires, de leurs clients et des citoyens, mais qu’il ne les engage en contrepartie que sur des grands principes généraux peu opérationnels, ne les rendant pas redevables de leurs actes.
*Le terme «greenwashing» provient de la contraction des mots «green», soit vert, et «whitewash», qui signifie littéralement blanchir à la chaux. Ce dernier terme est parfois utilisé pour désigner le blanchiment d'argent.