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Mission solidaire au Togo : journal de bord d’une volontaire

Jessica Bosseaux est présentement gestionnaire de projet pour l’Association Soutien Planète, une organisation togolaise qui travaille au développement des communautés locales, que ce soit dans le domaine de l’éducation, de la santé ou de l’environnement. Elle poursuit la narration de son expérience togolaise débutée dans le numéro précédent.

« Le projet est fixé : recherche de financement pour la construction du centre d’éducation, la construction d’une pépinière, d’un camp chantier prévu de juillet à août et, jusque-là, des cours de français une fois par semaine pour les enfants du village.

Les villageois paraissent motivés et volontaires. Ils ont construit une paillote pour que je puisse donner mes cours de français à l’ombre, et un tableau noir m’a été offert par l’école, elle-même financée par une entreprise togolaise.

Nous avons aussi récupéré le terrain pour la pépinière, mais tout reste à faire. Quelques expatriés se joignent à moi et nous nous attelons au défrichage du champ. Ça prend beaucoup de temps, surtout que nous n’avons pas le savoir-faire requis. Des écoliers amusés par « les Yovos [Blancs en langue Ewé] travaillant aux champs » sont venus nous aider en fin de journée.

La coopération entre les expatriés et les locaux donne un résultat plus rapide que lorsque nous travaillons chacun de notre côté. C’est une source de motivation. Malheureusement, l’entraide n’est pas systématique, et le temps passant, les locaux nous laissent tout gérer. Les raisons données sont très diverses, mais les préjugés en sont la principale source : « Les Blancs savent mieux faire. Les Blancs sont plus intelligents. Les Blancs réussissent plus facilement.»

Choquée par ces propos, j’ai essayé de comprendre. Si les Blancs, selon eux, aboutissent plus facilement à leur projet, c’est parce que « Dieu les aime mieux ». Par moment, le choc culturel est à son comble.

Pendant les week-ends, nous découvrons le pays en respectant les « règles » de l’écotourisme. Il est alors facile de se rendre compte des différences caractérisant les cultures. Le commerce, par exemple, s’organise comme suit : femmes, hommes et enfants vendent des tas d’objets divers et variés en déambulant dans les rues, et tout est sujet à la négociation. Même entre Togolais, ils négocient, toujours : transports, boîtes de conserve, souvenirs, chambres d’hôtel… Le prix fixe ne fait partie de leurs coutumes, les grands magasins non plus. Leur conception de la vente n’a rien à voir avec celle de l’hémisphère nord.

La mode vestimentaire est quant à elle un exemple de la confrontation de nos cultures. Étrange de voir un garçon nu-pied et vêtu d’un boubou se balader côte à côte avec un ami « sapé » en jean de marque, « baskets » blanches, t-shirt et casque d’écoute sur les oreilles, exhibant un style made in USA trop prononcé… Alors la voilà, l’influence occidentale? L’envie du luxe à l’américaine – celui que les Togolais ne voient qu’à la télé – s’immisce dans un pays qui ne s’accorde culturellement pas du tout à cette vision de la richesse.

Me voilà dans un drôle d’univers où l’incohérence est flagrante, le choc culturel palpable et l’incompréhension criarde. La fenêtre ouverte sur l’Occident ne donne pas sur nos valeurs et notre « culture » au sens large du terme, mais bien sur un « business rempli de vedettes bling-bling ». Les Togolais voient la « réussite » de leurs frères afro-américains, les envient et les copient.

Parallèlement aux barrières culturelles que j’ai commencé à rencontrer, je me cogne aussi aux barrières financières. Ma base de données de recherche de dons, qui compte de 100 entreprises togolaises, 100 entreprises françaises, 40 associations et 10 centres d’éducation, ne m’a pour l’instant rien permis d’amasser.

Une autre équipe de mon association se heurte aux mêmes difficultés que moi. Les déchets étant l’un des plus gros problèmes au Togo, l’équipe s’occupe de trouver du financement pour la création d’un dépotoir à Assahoun, une ville du sud du pays. Jusqu’à maintenant, leurs démarches ne sont pas très fructueuses. Comment convaincre les entreprises de notre honnêteté? La communication est restreinte, tout comme nos moyens. Nous mettons nos idées en commun avec les membres de l’association, mais aussi avec ceux d’autres associations togolaises qui agissent au pays.

De plus, il est très difficile d’obtenir des documents officiels. Dans les associations, les comptes ne sont pas obligatoires, donc généralement pas rigoureusement tenus. Les personnes morales susceptibles d’être intéressées nous demandent souvent des informations que nous n’avons pas. Nous travaillons donc à la mise en place « à l’européenne » de la partie administrative de l’association. Du temps perdu à première vue, mais qui pourrait rapporter à long terme, car nous pourrions demander – et recevoir - plus d’appuis financiers.

Malheureusement, pendant le projet, quelques imprévus, parfois pas si imprévus que ça, viennent mettre des bâtons dans la roue que j’avais actionnée à mon arrivée ici. Ma pépinière « tombe à l’eau », car le terrain est inondable. C’est bizarre de m’avoir prêté un terrain en sachant ça. Je fais ce projet pour leur village, donc les habitants ne devraient avoir aucun intérêt à me prêter des terres inexploitables. Et voilà qu’un autre terrain prêté pour créer un jardin médicinal est lui aussi recouvert de 15 cm d’eau. Coïncidence?

Mon président d’association m’interdit aussi de demander aux locaux de m’aider bénévolement, car « ils ont besoin de gagner de l’argent ». Il me faut donc les rémunérer, même si le travail demandé est dans leur seul et propre intérêt.

À présent, ce même président me dit de ne plus chercher de financement au Togo, parce que ça ne sert à rien. Il me presse de solliciter des dons aux particuliers en France. Mais pourquoi le flux d’argent passerait-il obligatoirement du Nord au Sud?

Je réalise tous les jours de nouvelles choses. Trois mois, ça me semble peu pour mener à bien un projet, surtout que cette expérience prend une tournure étrange. Mon stage touche à sa fin, je rentre bientôt en France. Et j’ai fini par me demander : à quoi ça sert aujourd’hui, à quoi ça servira demain? »


Crédit Photo : Jessica Bosseaux

     
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