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Analyse / Décryptage

3 questions à RONY BRAUMAN

Propos recueillis par Zora Ait El Machkouri

Professeur à Sciences po Paris, essayiste mais surtout ancien Président de Médecins sans frontières (MSF), Rony Brauman est sans conteste une figure clé de l’action humanitaire contemporaine. Il nous éclaire sur ce que sont les ONG et la manière dont elles doivent agir sur le terrain.

  • Comment définiriez-vous les ONG? Y-a-t-il une réelle réflexion ou sont-elles encore exemptées de toute critique aujourd’hui ?

Nous ne pouvons pas vraiment généraliser et qualifier uniformément les ONG. Ce sont toutes des entités différentes : les ONG humanitaires, les ONG de développement, les ONG internationales, les ONG locales, les ONG environnementales, etc. On ne peut pas comparer par exemple la Ligue internationale des femmes avec MSF ou encore avec Amnistie internationale. Le seul point commun est leur mission d’intérêt général et leur constitution ne relève pas de l'Etat. L’ONG a un objectif politique dont la singularité n’est pas de viser le pouvoir. Elle s’occupe de l’intérêt public, mais elle se maintient hors du pouvoir politique. De cette double signification, de nombreuses réflexions sont nées sur les limites mais aussi les effets pervers d’une telle spécificité.

Il serait un peu rapide de dire qu’il n’y a pas de réflexion sur les ONG. Depuis une quinzaine d’années environ, il y a une multiplication de publications, de revues, d’articles qui s’intéressent à la question des ONG comme forme d’action « de politique non gouvernementale ». À Paris par exemple, entre Médecins Sans Frontières, Médecins du monde, la Croix rouge, nous échangeons régulièrement, nous organisons fréquemment des tables rondes avec d’autres organisations. L’idée est de partager la réflexion avec ceux qui sont en prise avec les réalités sur le terrain. Il existe une réelle réflexion vivante sur les ONG, mais elle reste sans doute insuffisante.

  • Les ONG peuvent-elles demeurer non-partisanes ?

Une ONG humanitaire ne doit pas prendre partie sauf en cas d’atrocités avérées. Mais ce n’est pas à partir de ces exceptions que nous devons établir la règle. C’est l’inverse. Il faut toujours se garder une marge. Une ONG humanitaire doit retenir ses apathies, et inversement agir quelques soient ses sympathies. Mais toutes les ONG ne sont pas humanitaires. Si une ONG lutte contre la corruption ou les dispositifs de corruption d’un gouvernement, il y aura là nécessairement confrontation avec le dit gouvernement. Si une ONG supporte la cause tibétaine, elle n’est pas humanitaire. Au Darfour par exemple, où il y a conflit armé, les ONG humanitaires ne peuvent pas discriminer dans l’aide qu’elles apportent. Il est important d’avoir ces distinctions à l’esprit. L’action de l’ONG humanitaire et celle du citoyen privé, sur le terrain, doivent clairement se différencier.

  • Les universités canadiennes et européennes font de plus en plus place aux formations liées au développement international. Peut-on vraiment former à l’humanitaire?

Je vous répondrais Oui et Non. Oui, il existe une technique, un savoir-faire pratique qu’il faut transmettre. Par exemple l’apprentissage de la mise en place de dispositifs ou d’infrastructures spécifiques dans des environnements précaires, apprentissage qui doit également inclure une formation aux enjeux politiques et sociaux du monde qui nous entoure. Cependant, ce savoir-faire pratique n’est pas en lui-même humanitaire. Ce dernier se construit selon un processus dynamique. Il est bon pour l’humanitaire de prendre du recul, de se poser des questions sociologiques, philosophiques, mais aussi d’éthique personnelle ou de morale collective. Lorsqu’on débute, on est rapidement plongé dans la confusion, il faut certainement aider les personnes qui commencent à s’interroger et tirer des leçons, aussi à connaitre l’histoire humanitaire avec ses échecs et ses déviations. Bref, il faut pouvoir se donner la capacité de réflexion sur ce qu’on fait. 

 (Rony Brauman. Crédit Photo : M. Leroy, RTBF.)

 

     
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